Lettre de Sarah Pèpe aux élèves membres du jury du Prix Ado du Théâtre contemporain

À vous tou.te.s,

Un jour, mon éditeur me dit : j’ai envoyé ton texte Les roses blanches et il vient d’être sélectionné pour concourir au prix ado du théâtre contemporain d’Amiens. Je découvre alors ce prix en allant chercher des informations sur internet et je me réjouis.
Pour moi, appartenir à la sélection des 6 ouvrages retenus, c’est un immense cadeau.
Je me dis, quelle que soit l’issue des votes,
J’ai déjà gagné
Puisque des regards ont choisi ce texte et l’ont estimé digne de circuler auprès de vous,
Puisque je reçois des messages des membres du jury, que même j’en rencontre un qui vient à Paris
assister à l’une des représentations du texte, que j’ai mis en scène.
J’ai déjà gagné
Puisque la jeunesse, qui créera l’avenir
Des collégien.nes et des lycéen.ne.s
Vont lire le texte, en parler, en débattre
J’ai déjà gagné

Le sujet porté dans cette pièce me tient à cœur. J’ai connu les chiffres des violences conjugales il n’y pas très longtemps, dans le cadre de ma mission de cheffe de projets sur les questions d’égalité entre les femmes et les hommes à la Ville de Paris ; j’ai été effarée d’en découvrir l’ampleur dans notre pays, qui se prétend civilisé.
Au cours d’une formation, j’ai appris le traumatisme vécu par les enfants qui sont témoins de ces violences, et j’ai su qu’il fallait que j’écrive une pièce autour de cela. Je me suis inspirée d’un dessin véritable d’enfant, qui avait permis de détecter un environnement familial toxique. J’ai imaginé une institutrice qui convoquerait une maman pour lui faire part de son inquiétude mais qui s’y prendrait de façon tellement maladroite qu’elle ne réussirait qu’à la faire fuir. À partir de cette première scène, les autres textes sont nés, racontant le parcours de vie de l’enfant.

J’étais persuadée que mon texte ne serait pas finaliste. Je me disais qu’il était trop loin de vos préoccupations actuelles. Je me trompais. Votre choix final m’a montré que vous vous sentiez concerné.e.s par le sujet. C’est bien la preuve que nous sommes tous et toutes contaminées par les préjugés, et qu’il faut sans cesse travailler à les déjouer.
Quand vous m’avez appelée pour me dire que vous aviez choisi ce texte, une grande émotion m’a envahie. La rencontre avait eu lieu ! Vous avez senti, vous aussi, qu’il y a des choses que l’on ne peut plus tolérer et qui méritent qu’on en parle davantage. Vous avez senti, vous aussi, la nécessité de porter ces sujets qui restent encore trop tabous dans notre société.
J’espère que ce choix vous donnera l’envie de continuer à vous questionner et de travailler à construire, inventer un demain – que nous n’avons pas encore su faire advenir – où règnera l’égalité entre les femmes et les hommes. »

Sarah Pèpe, qui vous remercie
P.S : Je me réjouis aussi d’être la deuxième femme à remporter ce prix 🙂